Nos héros (parce que nous en avons)

Tout peuple qui se respecte vénère ses héros. Il ne méprise pas son passé. Il cultive le sens de son histoire. Il ne se croit pas né d’hier. Mais se fait une fierté d’hériter d’un passé à faire fructifier. Héros. Le mot fait vieux jeu. Notre société est-elle encore capable de se reconnaître des héros? Ne tourne-t-on pas aujourd’hui l’héroïsme en ridicule? Oui, notre époque a beaucoup de difficulté avec ses héros, même si elle se pâme au même moment pour ses vedettes. L’affaissement de l’esprit civique a un prix.

Pourtant, nous avons besoin de modèles et les héros politiques, ils existent. À tout le moins, ils ont existé ! Ils s’emparent des idéaux d’un peuple et parviennent à les incarner. Ils les élèvent, en fait. Et à partir d’eux, nous inspirent. Et les Patriotes étaient d’authentiques héros. Ils ont risqué leur vie pour l’indépendance de leur peuple et la conquête d’un régime véritablement démocratique. Ils savaient, comme nous le savons toujours, que ces deux causes se fécondent naturellement. Qu’un peuple libre veut avoir des institutions libres. Que les institutions libres ne veulent rien dire si elles sont sous la tutelle d’un autre peuple.

Ces idéaux, ils ont fécondé notre histoire. D’une certaine manière, ce sont les idéaux mis de l’avant par les Patriotes et jamais abandonnés d’une génération à l’autre que nous redécouvrons lorsque nous reprend le désir de nous émanciper collectivement. Et il se pourrait bien que le Québec redécouvre actuellement l’esprit des Patriotes. Le printemps québécois dont nous parlons tant est d’abord un printemps démocratique. Après des années de repli dans l’intimité, après des années de cynisme, après des années d’effritement de la conscience collective, notre peuple veut réinjecter de l’idéal en politique. Il veut se remettre à croire que la société peut changer, qu’elle peut prendre une nouvelle direction.

Le héros porte un message : l’histoire n’est pas écrite à l’avance. Quand les hommes et les femmes se lèvent, ils peuvent en changer la direction, lui donner un nouveau sens. C’était vrai en 1837-1838. C’est vrai encore aujourd’hui.